• Il pleut, c'est pas ma faute à moi. Les carreaux de l'usine sont toujours mal lavés, il pleut...

    J'aurais pu aussi chanter l'orage : parlez moi de la pluie, et non pas du beau temps... J'ai l'esprit musical plutôt que poétique, ce matin.

    Cette nuit, juré, je n'invente rien, vers 23h30, j’ai été réveillé par des voix. Un homme et un enfant !? Peut-être des trolls venus prendre un bain nocturne ? Je ne sais pas, je ne me suis pas levé !

    Il pleut, donc. Un œil hors de la tente. Plombé. On va attendre un peu. 9h30. Petite accalmie, je me lance. Rangement du sac, démontage de la tente en petite tenue sous la bruine, d'autant qu'il faut repasser le gué d'hier. Je n'en ai guère envie. C'est gai... Gai, gai, gai, je suis l'amour sorcier. Promis j'arrête. D'ailleurs le courant s'avère beaucoup moins violent qu'hier (normal puisqu'il s'agit d'un torrent glaciaire : c'est le soleil qui le gonfle, pas la pluie).

    Je monte, je surplombe Holmsarlon qui se transforme peu à peu en marécage.

    Holmsarlon dans le brouillard

    Me voilà dans le brouillard. Je me fie à mon bon vieux GPS, dans lequel j'ai rentré quelques points. Sauf que le prochain est à 3 km, en principe tout droit. Je ne suis pas rassuré : un ravin à droite, un ravin à gauche.

    Jour 3 : Strutslaug - Kirkjufellsvatn

    Je louvoie sur ma crête du flanc gauche au flanc droit et j'arrive enfin à mon point GPS. Déjeuner à l'abri d'un rocher : poisson à la provençale et riz (MX3).

    Point suivant. Toujours le brouillard et un peu de pluie. Pas la moindre vue sur le Torfajökull que je contourne (-jökull = glacier ; vous vous rappelez du fameux "Eyafjallajökull" ? Ça veut dire grosso modo "le glacier de la montagne face aux îles").

    Compte-tenu du temps, j'abandonne l'idée de passer voir les mystérieuses roches bleues de Sveinsgil. Mon itinéraire devrait en principe me permettre de les rejoindre après-demain par le nord, à supposer que la Jokulgil soit guéable.

    Je coupe donc vers la vallée d'Illagil - ce qui veut dire que je lâche la trace enregistrée sur mon GPS... et que je me perds. Qu'est-ce que c'est que cette carte : elle est fausse ou quoi. (Evidemment, une carte au 1 /100000, même grossie au 1/50000, ça ne vaut pas nos bonnes vieilles Top 25).

    Je débaroule un éboulis. J'ai fait pire dans les Alpes mais ce n'est pas vraiment l'endroit pour me fouler la cheville.

    Je tombe sur une trace dans un névé. Je la suis bêtement avant de comprendre qu'elle va redescendre vers Strútslaug. Je remonte, un peu au hasard, avec comme seul repère mes coordonnées GPS : je suis incapable de me situer précisément sur la carte ; faut-il passer à droite ou à gauche de ce sommet ?? J'en suis à me demander s'il n'est pas plus sûr de redescendre dans la vallée et d'attendre le retour du beau temps.

    Muggudalir

    Je rejoins un petit col et ça y est je me repère ! Encore un autre col et me voilà en haut d'Illagil. Trois mètres de neige raide en ramasse et ensuite c'est facile.

    Tout en haut d'Illagil

    Illagil

    Le fond de la vallée est rempli de neige. On voit le torrent par intermittence. Attention de ne pas crever un pont de neige !

    Illagil

    (14 juillet 2016 : un trekkeur français a eu la malchance d'être emporté sous un névé à Sveinsgil après l'écroulement du pont de neige qu'il traversait - vigilance extrême dans ce genre de cheminement qu'il faut éviter au maximum !)

    Plus bas. Finis les névés et fini le brouillard. Voilà la vallée d'Illagil. J’y suis presque.

    Illagil

    Un tout dernier col à passer (à gauche sur la photo précédente) et j'aperçois le Kirkjufellsvatn (-vatn = lac) où j'ai prévu de bivouaquer. Objectif atteint, n'est-ce pas, Bamba ?

    Kirkjufellsvatn

    Il se remet à pleuvoir. Vite ! je monte la tente. Dîner : œufs brouillés au jambon et pommes de terre (Moutain House), fromage blanc aux fraises (Travellunch) et Nutella ! Calé. Ouf, journée bien stressante, itinéraire inédit, navigation sans visibilité... J'aurais bien pris quelques gorgées de bière. Peut-être demain.

    Bivouac du Kirkjufellsvatn

    (Je n'ai pensé à prendre une photo du bivouac que le lendemain après avoir démonté la tente).

    (Jour précédent) (Jour suivant)

     


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  • Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

    Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici : une atmosphère obscure enveloppe la ville, aux uns portant la paix, aux autres le souci.

    Pendant que des mortels la multitude vile, sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, va cueillir des remords dans la fête servile, ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici, loin d’eux.

    Vois se pencher les défuntes Années, sur les balcons du ciel, en robes surannées, surgir du fond des eaux le Regret souriant, le Soleil moribond s’endormir sous une arche.

    Et, comme un long linceul traînant à l’Orient, entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

    Les muscles sont raides. L'épaule droite notamment est douloureuse. Les doigts sont écorchés, les ongles saignent. Mais au niveau des pieds, tout va bien ! Un Voltarène pour soulager les muscles, et ça repart !

    Cette nuit aussi a été bizarre. Il a plu jusque tard. A un moment j'ai cru entendre comme une radio. Probablement était-ce le murmure du ruisseau gonflé. Ou alors des trolls écoutant la finale de la Coupe d'Europe (quant à moi je ne sais même pas qui joue contre l'Espagne).

    Ciel encore chargé ce matin, mais il ne pleut pas et je resterai sous le niveau du brouillard.

    Pour commencer, une petite bavante me permet de passer un col et de rejoindre la vallée de la Halldórsgil.

    Kirkjufellshals

    Haldorsgil

    En descendant celle-ci, je remarque quelques sources d'eau ferrugineuse. Elles ne sont pas très fraîches mais on ne peut quand même pas parler d'eau chaude.

    Jour 4 : Kirkjufellsvatn - Landmannalaugar

    Me voilà dans la plaine de la Tungnaá. Pour une petite heure, je vais longer la route, celle où je suis passé en bus entre Landmannalaugar et Eldgjá. Arrive une 4x4 et oh des êtres humains. Je n'en avais plus vu depuis 42 heures.

    Vision de la Kirkjufell et beaux reflets sur le Kýlingavatn.

    Kirkjufell

    Reflet de la Kirkjufell dans le Kylingavatn

    Reflet du Hnaus dans le Kylingavatn

    Arrivé au pont sur la Jökulgilskvisl, j'ai prévu de rejoindre directement le volcan Ljótipollur. Mais voilà que je fais face à une coulée de lave chaotique.

    Pont de la Jokulgilskvisl

    Un chemin perce la coulée jusqu'à l'eau. Ensuite j'arrive à me faufiler au bord de la rivière. Je suis intrigué par ces galets gris et vérolés, le long du rivage. J'en jette quelques-uns à l'eau.

    Jour 4 : Kirkjufellsvatn - Landmannalaugar

    Bien vu, ils flottent ! C'est de la pierre ponce.

    Déjeuner : bœuf au riz sauce piquante (Travellunch) et cerneaux de noix.

    Plus loin, il est possible de passer par le lit de la Tungnaá. J'essaye de couper pour gagner du temps. Un bras de rivière à traverser, sans courant. Facile, je me contente de remonter les jambes du pantalon. Aîe, j'ai sous-estimé la profondeur. En plus, la vase essaye de me piquer mes crocs. Eh rends-moi ça, j’en ai besoin, moi, j'ai encore plein de gués à passer, et des costauds !

    De l'eau à l'entre-jambe. Pantalon trempé. Bah, il séchera sur la bête. J'ai sauvé les crocs.

    Je rejoins l'objectif de la journée, alors que le temps se met peu à peu au beau : le cratère d'explosion de Ljótipollur. Grandiose avec ses parois rouge vif à rendre jaloux mon Beau Harry.

    Ljotipollur

    Jour 4 : Kirkjufellsvatn - Landmannalaugar

    Ljotipollur

    Ljotipollur

    Je suis vanné. Après avoir fait le tour du cratère, je décide de simplifier en passant par le Frostastaðavatn (compter les a... Non je ne me suis pas trompé. Le lac du village gelé ?).

    Frostastadavatn

    Un pluvier s'approche de moi en couinant.

    Pluvier

    Je regarde tout autour et aperçois son poussin qui s'enfuit éperdument – j’ai failli lui marcher dessus. Je m'en approche et voilà la mère qui vient jouer à l'oiseau blessé pour détourner mon attention. Saisissant – comme dans les livres !

    Je les laisse tranquilles. Je remonte le long de la Namshraun (retenez : -hraun = coulée de lave).

    Frostastathavatn

    Un petit vallon à droite semble prometteur, j'y imagine bien quelques petites sources bouillonnantes. Je le remonte un instant, mais pas de fumerolles.

    Suthurnamur

    Me voilà à Landmannalaugar, au pied de la Laugahraun (z'avez été attentifs ? Traduction... La coulée de lave du bain chaud ?) et du Bláhnúkur (le Mont-Bleu, plutôt gris, en fait - pour le bleu, tadam... voir demain !).

    Landmannalaugar

    Montage de tente (à l'aide de cailloux, pas moyen de rentrer les sardines - je hais ce camping), passage à l'accueil discuter avec le warden (on en reparlera plus tard) ; récupération d'une partie du matériel laissé il y a 3 jours, consultation et envoi des mails avec mon BlackBerry - y compris les premières journées de ce journal de bord, illustrées par quelques photos prises au smartphone. Plus beaucoup de batterie, va falloir trouver une solution.

    Dîner : pâtes bolognaises (MX3), compote pomme-abricot (idem).

    Comme il n'y a plus grand monde à la laugar, j'enfile le maillot de bain. C'est très différent de Strútslaug : 2 ruisseaux quasi bouillants viennent se jeter dans un bras de rivière aménagé. En fonction des courants, on a parfois une bulle d'eau à 70 degrés (j'exagère ;-) qui arrive dans le dos, parfois un filet d'eau glacée. J'adore !

    Landmannalaugar

    Une vraie douche ensuite, avec savon, shampooing, et rasage.

    Ce soir, comme on est au camp de base, j'abandonne momentanément Irving pour Heinrich Böll (« Portrait de groupe avec dame »). J'ai bien aussi quelques grilles de sudoku (encore une private joke), mais où ai-je mis mon crayon !?

    A demain. (Pas de photo du bivouac, trop moche).

    (Jour précédent) (Jour suivant)

     


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  • Archange féminin dont le bel oeil, sans trêve, miroite en s’embrumant comme un soleil navré, apaise le chagrin de mon coeur enfiévré,

    Reine de la douceur, du silence et du rêve, inspire-moi l’effort qui fait qu’on se relève.

    Enseigne le courage à mon corps éploré. Sauve-moi de l’ennui qui me rend effaré, et fourbis mon espoir rouillé comme un vieux glaive.

    Rallume à ta gaîté mon pauvre rire éteint ; use en moi le vieil homme, et puis, soir et matin, laisse-moi t’adorer comme il convient aux anges !

    Laisse-moi t’adorer loin du monde moqueur, au bercement plaintif de tes regards étranges, zéphyrs bleus charriant les parfums de ton coeur !

     

    Certes, j'ai bien besoin d'encouragement voire de réconfort – à propos, merci pour les mails. Le corps et l'esprit sont à rude épreuve.

    Nuit calme, dérangée ni par les trolls ni par les campeurs : j'avais mis les boules Quies ! Ici, il n'y a que le matin qu'on peut acheter un peu d'électricité. Je confie quelques minutes mon blackberry et mon chargeur à une warden tandis que je prépare mon sac pour la deuxième partie du trek.

    Je prends le chemin de Skalli, au centre du massif rhyolitique de Landmannalaugar et de ses étonnantes couleurs.

    Landmannalaugar

    Je suis seul sur ce chemin. Les autres campeurs ont tous opté pour l'ascension classique du Bláhnúkur, ou se sont lancés sur le trek du laugavegur.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Le chemin balisé suit les crêtes, passe par un premier sommet, redescend un peu. La suite me laisse un peu perplexe. Les balises me mènent droit vers une paroi de neige quasi verticale, impraticable. C'est confirmé... une grosse congère bloque la route. J'essaye vers l'ouest : le flanc nord de Skalli est enneigé mais heureusement pas trop raide ni trop verglacé : il est possible de remonter ses pentes et de rejoindre le sommet.

    Le ciel est assez dégagé. On voit l'inlandsis de l'Hofsjökull, les fumées de Háuhverir.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Il s'agit maintenant, d'après mes renseignements, de dévaler le ravin de Hattver.

    Hattver

    Manifestement je me suis trompé de chemin. Ça devient très scabreux ; le passage est de plus en plus étroit - c'est du canyoning ! Arrive la tuile : un ressaut de 2 mètres à désescalader, dans l'eau qui cascade.

     (Sur la foi du récit de Bigfoot, j'ai pris le fond du ravin ; à la descente, c'est une mauvaise option. En fait, "comme dab", il faut suivre la ligne de crête - la bonne ! Celle-ci borde la gauche du canyon ; on l'aperçoit sur la photo ci-dessus. Voir le récit de 2016 où j'y suis repassé).

    Le 1er mètre, dos à la paroi, les bâtons dans une main, plutôt facile. Voilà que ça coince. J’essaye à droite, me retrouve en équilibre sur un pied. Ça ne passe pas. Trop haut pour sauter, je vais me tordre la cheville.

    J’essaye à gauche, me revoilà coincé, et même un peu plus haut… Là, la solution ! J’enjambe adroitement la cascade et me retrouve… pile au même point que tout à l’heure.

    Quoi faire ? Remonter tout le ravin ? Ou alors ? Au milieu de la cascade il y a comme une marche, bien plate, où je pourrais poser mon pied gauche sans glisser. J’y vais ?

    Bonne prise pour la main gauche ; je pose le pied sur la marche et j’y transfère mon poids. Rotation face à la paroi.

    J’ai tout le côté gauche du corps sous l’eau. Faire vite ! Prise main droite. Elle casse mais j’avais anticipé. Pied droit. Jeee... glisse et me retrouve… en bas du ressaut !

    La mauvaise décision : j'ai tenté – mais je suis passé ! Les muscles sont tétanisés, l'esprit vidé. Plus jamais ça dans un tel contexte d’autonomie.

    Canyoning dans Hattver

    Bref... la descente continue. Un 2ème ressaut, mais que je peux contourner en traversant sur la droite puis en glissant dans une pente d'éboulis. Je m'imagine avec une jambe cassée, ou même une simple entorse, coincé entre les 2 ressauts...

    Plus bas, des névés. Ça va. Une odeur de soufre : voilà effectivement des sources chaudes et un peu de fumée.

    J'arrive dans la haute vallée de la Jökulgil. A ma droite, le Hattur. Traduction ? Même Bamba a trouvé.

    Hattur

    Hattur

    Déjeuner : poulet tandori et son riz (MX3). Très épicé.

    Passage à gué de la Jökulgil (ou faut-il dire la Jökulgilskvisl ?). Je m'en étais fait tout un monde en préparant le trek mais en fait, au moins ce jour-là, ça passe facile. Autre gué à travers un de ses affluents pour rejoindre le chemin vers Sveinsgil.

    Confluence sur la Jokulgil

    Ce chemin n’a rien de top-secret ; son isolement suffit à le préserver des terdav et autres tour-operators. Trop long, trop engagé pour qu'ils puissent s'y aventurer. Cet endroit mystérieux restera isolé, parcouru par une poignée de privilégiés. Combien ? Une centaine par an peut-être ? En gros : remonter le vallon au sud en face de Hattver, puis la crête à droite (gauche orographique) de la « cascade blanche » (photo ci-après). Une cascade que je décide de baptiser Hvítarfoss, puisqu'elle n'a pas de nom sur les cartes...

    Le chemin secret vers Sveinsgil

    On arrive alors au canyon qui mène à cette cascade. Il est assez facile à traverser. Reste alors à rejoindre l’arête très aérienne entre les 2 vallées. Des vues à couper le souffle sur la Jokulgil.

    Jokulgil

    Jokulgil

    On n'a encore rien vu car voici enfin cet endroit dont je rêve depuis plus de six mois : les mystérieuses Roches Bleues de Sveinsgil !

    Roches bleues de Sveinsgil

    Roches bleues de Sveinsgil

    Ces rochers étonnants aux couleurs étranges sont même repérables sur Google Earth, coordonnées N63°56’12 W19°0’38".

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Une dernière photo des Roches Bleues de Sveinsgil :

    Roches bleues de Sveinsgil

    Dieu ne fume pas que des havanes. Ou alors le Père Noël troll a renversé sa cargaison de guimauve (les trolls adorent les friandises).

    Bon, il faut retourner vers Hattur. Tiens, si j'avais eu beau temps, le 3ème jour, je serais arrivé du Torfajokull par là, la haute vallée de Sveinsgil :

    Sveinsgil et Torfajokull

    Retour à la Jokulgil par le même chemin.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Ensuite, 3 passages à gué pour rejoindre le fond de la vallée principale, la rivière serpentant jusqu'aux bords. Hnausar :

    Hnausar

    Je plante la tente alors que le crachin s’invite. Tajine au poulet (encore de l'oriental ! MX3) et mousse au chocolat (Travellunch).

    A demain !

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    (Jour précédent) (Jour suivant)

     


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