• Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Archange féminin dont le bel oeil, sans trêve, miroite en s’embrumant comme un soleil navré, apaise le chagrin de mon coeur enfiévré,

    Reine de la douceur, du silence et du rêve, inspire-moi l’effort qui fait qu’on se relève.

    Enseigne le courage à mon corps éploré. Sauve-moi de l’ennui qui me rend effaré, et fourbis mon espoir rouillé comme un vieux glaive.

    Rallume à ta gaîté mon pauvre rire éteint ; use en moi le vieil homme, et puis, soir et matin, laisse-moi t’adorer comme il convient aux anges !

    Laisse-moi t’adorer loin du monde moqueur, au bercement plaintif de tes regards étranges, zéphyrs bleus charriant les parfums de ton coeur !

     

    Certes, j'ai bien besoin d'encouragement voire de réconfort – à propos, merci pour les mails. Le corps et l'esprit sont à rude épreuve.

    Nuit calme, dérangée ni par les trolls ni par les campeurs : j'avais mis les boules Quies ! Ici, il n'y a que le matin qu'on peut acheter un peu d'électricité. Je confie quelques minutes mon blackberry et mon chargeur à une warden tandis que je prépare mon sac pour la deuxième partie du trek.

    Je prends le chemin de Skalli, au centre du massif rhyolitique de Landmannalaugar et de ses étonnantes couleurs.

    Landmannalaugar

    Je suis seul sur ce chemin. Les autres campeurs ont tous opté pour l'ascension classique du Bláhnúkur, ou se sont lancés sur le trek du laugavegur.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Le chemin balisé suit les crêtes, passe par un premier sommet, redescend un peu. La suite me laisse un peu perplexe. Les balises me mènent droit vers une paroi de neige quasi verticale, impraticable. C'est confirmé... une grosse congère bloque la route. J'essaye vers l'ouest : le flanc nord de Skalli est enneigé mais heureusement pas trop raide ni trop verglacé : il est possible de remonter ses pentes et de rejoindre le sommet.

    Le ciel est assez dégagé. On voit l'inlandsis de l'Hofsjökull, les fumées de Háuhverir.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Il s'agit maintenant, d'après mes renseignements, de dévaler le ravin de Hattver.

    Hattver

    Manifestement je me suis trompé de chemin. Ça devient très scabreux ; le passage est de plus en plus étroit - c'est du canyoning ! Arrive la tuile : un ressaut de 2 mètres à désescalader, dans l'eau qui cascade.

     (Sur la foi du récit de Bigfoot, j'ai pris le fond du ravin ; à la descente, c'est une mauvaise option. En fait, "comme dab", il faut suivre la ligne de crête - la bonne ! Celle-ci borde la gauche du canyon ; on l'aperçoit sur la photo ci-dessus. Voir le récit de 2016 où j'y suis repassé).

    Le 1er mètre, dos à la paroi, les bâtons dans une main, plutôt facile. Voilà que ça coince. J’essaye à droite, me retrouve en équilibre sur un pied. Ça ne passe pas. Trop haut pour sauter, je vais me tordre la cheville.

    J’essaye à gauche, me revoilà coincé, et même un peu plus haut… Là, la solution ! J’enjambe adroitement la cascade et me retrouve… pile au même point que tout à l’heure.

    Quoi faire ? Remonter tout le ravin ? Ou alors ? Au milieu de la cascade il y a comme une marche, bien plate, où je pourrais poser mon pied gauche sans glisser. J’y vais ?

    Bonne prise pour la main gauche ; je pose le pied sur la marche et j’y transfère mon poids. Rotation face à la paroi.

    J’ai tout le côté gauche du corps sous l’eau. Faire vite ! Prise main droite. Elle casse mais j’avais anticipé. Pied droit. Jeee... glisse et me retrouve… en bas du ressaut !

    La mauvaise décision : j'ai tenté – mais je suis passé ! Les muscles sont tétanisés, l'esprit vidé. Plus jamais ça dans un tel contexte d’autonomie.

    Canyoning dans Hattver

    Bref... la descente continue. Un 2ème ressaut, mais que je peux contourner en traversant sur la droite puis en glissant dans une pente d'éboulis. Je m'imagine avec une jambe cassée, ou même une simple entorse, coincé entre les 2 ressauts...

    Plus bas, des névés. Ça va. Une odeur de soufre : voilà effectivement des sources chaudes et un peu de fumée.

    J'arrive dans la haute vallée de la Jökulgil. A ma droite, le Hattur. Traduction ? Même Bamba a trouvé.

    Hattur

    Hattur

    Déjeuner : poulet tandori et son riz (MX3). Très épicé.

    Passage à gué de la Jökulgil (ou faut-il dire la Jökulgilskvisl ?). Je m'en étais fait tout un monde en préparant le trek mais en fait, au moins ce jour-là, ça passe facile. Autre gué à travers un de ses affluents pour rejoindre le chemin vers Sveinsgil.

    Confluence sur la Jokulgil

    Ce chemin n’a rien de top-secret ; son isolement suffit à le préserver des terdav et autres tour-operators. Trop long, trop engagé pour qu'ils puissent s'y aventurer. Cet endroit mystérieux restera isolé, parcouru par une poignée de privilégiés. Combien ? Une centaine par an peut-être ? En gros : remonter le vallon au sud en face de Hattver, puis la crête à droite (gauche orographique) de la « cascade blanche » (photo ci-après). Une cascade que je décide de baptiser Hvítarfoss, puisqu'elle n'a pas de nom sur les cartes...

    Le chemin secret vers Sveinsgil

    On arrive alors au canyon qui mène à cette cascade. Il est assez facile à traverser. Reste alors à rejoindre l’arête très aérienne entre les 2 vallées. Des vues à couper le souffle sur la Jokulgil.

    Jokulgil

    Jokulgil

    On n'a encore rien vu car voici enfin cet endroit dont je rêve depuis plus de six mois : les mystérieuses Roches Bleues de Sveinsgil !

    Roches bleues de Sveinsgil

    Roches bleues de Sveinsgil

    Ces rochers étonnants aux couleurs étranges sont même repérables sur Google Earth, coordonnées N63°56’12 W19°0’38".

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Une dernière photo des Roches Bleues de Sveinsgil :

    Roches bleues de Sveinsgil

    Dieu ne fume pas que des havanes. Ou alors le Père Noël troll a renversé sa cargaison de guimauve (les trolls adorent les friandises).

    Bon, il faut retourner vers Hattur. Tiens, si j'avais eu beau temps, le 3ème jour, je serais arrivé du Torfajokull par là, la haute vallée de Sveinsgil :

    Sveinsgil et Torfajokull

    Retour à la Jokulgil par le même chemin.

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    Ensuite, 3 passages à gué pour rejoindre le fond de la vallée principale, la rivière serpentant jusqu'aux bords. Hnausar :

    Hnausar

    Je plante la tente alors que le crachin s’invite. Tajine au poulet (encore de l'oriental ! MX3) et mousse au chocolat (Travellunch).

    A demain !

    Jour 5 : Landmannalaugar - Sveinsgil - Jokulgil

    (Jour précédent) (Jour suivant)

     


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